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Andaloussiate

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Tlemcen et la ronde du temps musical

Publié par Andaloussiate sur 18 Juin 2011, 20:15pm

Catégories : #Publications- Interviews

 
La chronique de Abdelhakim Meziani

(Liberté, le 18/06/2011)

 

 

C’est avec un immense plaisir que j’ai renoué avec les manifestations organisées à l’initiative du ministère de la Culture. Grâce, qu’il me soit permis de le souligner, à la complicité de mon ami Slimane Hachi, directeur du Centre national de recherches préhistorique, anthropologique et historique d’Alger. Chassé de Cadix par l’Inquisition et de Tlemcen par les janissaires turcs, fallait-il que je demeure indéfiniment exilé chez moi au moment où, pourtant, l’ancienne capitale des Zianides allait abriter un colloque que ses organisateurs du CNRPAH d’Alger et de l’université de Tlemcen, ont intitulé “L’École de Tlemcen, la nouba, empreintes passées et perspectives d’avenir ? Que nenni même si votre modeste chroniqueur se trouve être un amoureux passionné de la nouba Ghrib ! Le désert n’est pas seulement dans l’espace, il est également dans le temps, m’avait confié un jour Djelloul Benkalfat. La longue traversée des siècles – ce désert – ne fut pas épargnée à ceux qui transportaient, à Tlemcen d’aujourd’hui, le message musical andalous, arrivé de Cordoue en 1236. Ce voyage de sept siècles et demi, fut entrepris comme une course de relais, par des hommes admirables qui, recevant le mobile, en l’occurrence la musique andalouse, d’un maître, préparaient des jeunes disciples qui, à leur tour, continuaient la ronde du temps, le cycle commença au XIIIesiècle. Comme les troubadours d’autrefois, ces messagers du passé qui ont comme nom Berrahma, Lazzouni, Baghdadli, Makchiche, Dib, Boudelfa, d’autres et bien d’autres encore à l’image des cheïkhs Larbi et Redouane Bensari, Omar Bekhchi, Mohammed Bouali, Abderrahmane Sekkal ou Mustapha Brixi, perdus dans l’anonymat de l’oubli et le désert des siècles, ont eu droit à toute la reconnaissance, à toute la gratitude d’un colloque académique, une grande première à Tlemcen.
Il ne pouvait en être autrement, tant ces maîtres ont été parmi les bâtisseurs de notre personnalité, de notre entité nationale, me confiait mon ami Omar Dib : “Il est des hommes qui gravent dans la mémoire du peuple le souvenir de sa grandeur, et dans la conscience, le devoir continuel de la rétablir”. Certains d’entre eux, martelait-il, tels des balises dans la tempête, semblables à des repères indestructibles, demeurent les gardiens vigilants de notre patrimoine. Ce n’est pas sans raison si le ministère de la Culture a tenu à les honorer en présence de musicologues étrangers de qualité, venus des États-Unis, de France, d’Espagne, d’Allemagne, de Finlande, de Jordanie, de Tunisie et du Maroc, sans oublier les spécialistes nationaux d’Alger, de Constantine de Tlemcen et de France. Certes, Le colloque “L’École de Tlemcen, empreintes passées et perspectives d’avenir” a donné lieu à des communications inégales, certains intervenants donnant même l’amère impression de s’être trompés de partition.
Pour autant, cela n’a nullement empêché la qualité d’être au rendez-vous des attentes de Slimane Hachi et de Tewfik Benghabrit, respectivement directeur du CNRPAH d’Alger et représentant de l’université de Tlemcen. Des interventions d’une grande teneur scientifique, ont en effet, réconcilié l’assistance avec sa muse. Comme celle, par exemple de Dwight Reynolds (USA) qui mit l’accent sur une réalité tangible : “Après les textes médiévaux d’Ibn Hayyan, Ibn Sana al-Mulk et Ahmed Tifâshi, il y a une lacune de plusieurs siècles dans la documentation historique sur le développement de la musique andalouse”. Manuela Cortès-Garcia (Espagne) invite, pour sa part, au renforcement des travaux en mesure de permettre de cataloguer et de digitaliser les sources manuscrites en vue de favoriser l’intégration du patrimoine dans le réseau des bibliothèques et l’ouverture de nouveaux domaines de recherche. Comme pour ajouter à cet In-siraf grenadin une sorte de ritournelle Ghrib, Mohammed Tewfik Benghabrit, renchérit en mettant l’accent sur une didactique basée sur les modalités formelles et informelles d’appropriation de la nouba andalouse sur la base de la transmission intergénérationnelle au sein des familles et des associations culturelles.
Un passage obligé que ces sociétés musicales, à plus forte raison lorsque le mélomane sait que la pratique des trois écoles algériennes relève d’une patrimonialisation sédentaire où des permissivités dues aux altérations induites par la transmission orale sont des plus évidentes, fera remarquer non sans pertinence le professeur Nadir Marouf.

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