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Andaloussiate

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40ème jour du décès de Cheikh Mustapha Bereksi: Pensées

Publié par Andaloussiate sur 18 Juin 2010, 23:00pm

Catégories : #Maîtres & Biographies

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CHEIKH MUSTAPHA BEREKSI : UN GRAND KIATRI

Ville de savoir et de la science, Tlemcen a été, depuis très longtemps, une cité historique, ayant accueilli de nombreux artistes musiciens dont leurs aînés ont, à la suite des  expulsions successives d’Espagne, regagnés le Maghreb. Ces immigrés et exilés ont choisi quelques villes maghrébines, pour leur passé glorieux et leur réputation dans le domaine de l’art, du savoir et de la culture, afin de s’y installer. Parmi les arts ramenés par ces Andalous installés au Maghreb, nous citons l’artisanat et la musique andalouse avec ses vingt quatre noubas originales.
La Sanaâ a fait de Tlemcen, une ville, une référence avec qualificatif. Cette distinction a revalorisé tout le patrimoine socio-culturel, légué par nos aînés dans les milieux hadri et koulougli. D’ailleurs, cette culture est valeur, transmise de génération en génération pour sa protection et sauvegarde.
Une ville sans culture est une ville sans histoire. Ses enfants sont les seuls défenseurs de sa culture, sa civilisation, sa valeur et la beauté de son passage, voire son environnement socio-économico-culturel. Si Tlemcen est restée «Grenade du Maghreb», c’est grâce à la passion et à la relève dans le domaine de l’art. Parmi ses illustres enfants, nous citons Cheikh Mustapha Brixi, de son vrai nom Hadj Mustapha Snoussi Bereksi ; Aujourd’hui, l’association «Nassim El Andalous» lui rend hommage. Qui est cette personnalité de la musique andalouse ?
Né le 16 février 1919 à Tlemcen, foyer de l’Andalous, Cheikh Mustapha est issu d’une vieille famille tlemcenienne, installée à la rue de paris, dans l’anciens quartier kouloughli.

L’année de sa naissance est marquée par plusieurs événements politiques tels que la retraite de l’Emir Khaled (1895-1936), petit-fils de l’Emir Abdelkader (1808-83) qui, en cette année, a entamé une carrière politique dans le mouvement des jeunes algériens ; A cette date, Messali Hadj (1898-1974) n’avait que 21 ans. Il fallait  attendre 1922 pour que ce dernier puisse rencontre le leader de mouvement des jeunes algériens alors qu’il y avait, déjà, quelques-uns qui militaient et activaient dans le cercle des jeunes algériens, fondé en 1910 à Tlemcen, lieu du rayonnement culturel.
Dans ce milieu, de nombreux mélomanes de la musique andalouse ont crée une société musicale sous le nom de la SLAM. De nombreux artistes ont été initiés ou formés pour cette formation musicale.
Très jeune, Mustapha avait un penchant vers la musique ancestrale grâce à son entourage. Le père était, déjà, un grand maître de la Ghaîta, appelée zorna dans l’Algérois.
Il s’agit de Maalem Habib. Ce dernier avait, par passion le «Tbal», animant toutes les fêtes familiales telles que les saharate nuptiales, circoncisions, etc.…
La particularité de cette musique était la mise en relief surtout lors de l’accompagnement des cortèges des mariages. Quant au jeune Mustapha, il accompagnait, très souvent son père, un talentueux artiste, élève du grand maître de la Ghaîta Maalem Boudjhene. La réputation de l’art du Tbal Tlemcenien a dépassé, grâce à ses maîtres, les frontières de la localité et son hawzi. Les troupes se sont déplacées, sur invitation, à Oran, Alger, etc.… Fortement sollicitées, elles excellaient dans cet art pour assurer une continuité, une relève sure et une réputation.
L’ambiance politique commençait à se faire valoir à Tlemcen depuis la création de l’étoile Nord africaine et l’élection de Messali Hadj au poste de secrétaire Général, en 1926. Plusieurs membres des troupes musicales portaient les couleurs nationalistes. Cheikh Mustapha garde, encore, les souvenirs de son enfance dans sa ville natale. A chaque événement, Tlemcen étaient animée par des formations musicales de l’andalous dont leurs chefs d’orchestre étaient des talents et grands maîtres de la musique andalouse. L’animation quotidienne se faisait surtout dans les cafés maures. Il faut se rappeler des soirées musicales d’âpres le f’tour de tous les mois sacrés de ramadhan.
La joie des soirées musicales était, également, répandue dans les cercles… tous les coins de la ville de Tlemcen.


D’ailleurs, chaque maître, dirigeant un orchestre, avait un café où étaient animées ses soirées ramadhaniennes. C’était le lieu favorable pour se faire valoir, distinguer et se connaître afin d’avoir son propre public. Chaque café maure avait ses messieurs, son orchestre et son maître. La majorité de temps, les cafés étaient connus par l’orchestre. Tous les cafés étaient animés, en plus des cérémonies et événements familiaux à travers tous les quartiers de la ville, l’ancienne capitale du Maghreb central.
Issu d’une famille traditionnelle et conservatrice, le jeune Mustapha s’est consacré, uniquement, à l’apprentissage d’un métier, celui d’un tisserand, puisque le père insistait beaucoup sur le travail de l’artisanat, source suffisante pour répondre aux besoins du citoyen moyen de Tlemcen. Malgré les encouragements, Mustapha n’a pas été à l’école, il n’a fréquenté ni l’école coranique, ni l’école française. Il a appris à lire et à écrire tout seul. C’est un vrai autodidacte. Jusqu’à preuve du contraire, il n’a jamais fréquenté un établissement privé et n’a même pas été à la «Zaouîa» pour être initié à l’ordre confrérie religieuse, une source d’une culture arabo-musulmane.
L’Algérie commençait à se révolter politiquement après l’adhésion massive des Tlemceniens au mouvement nationaliste. Mais, Mustapha, est resté lié à ses relations parentales et conservateur des traditions ancestrales. Il n’avait que 11 ans quand la France préparait les festivités du centenaire de l’occupation française en Algérie.
Au début des années trente, il a fait un passage dans le monde du sport. Il a, par conséquent, pratiqué, pendant quelque temps, la boxe, le sport qu’il avait abandonné pour se consacrer, exclusivement, à la musique, une passion d’enfance initiée depuis sa tendre enfance dans un milieu d’artiste et d’artisans. Nombreux étaient les coiffeurs et les tisseurs qui excellaient dans la musique andalouse, réputée à Tlemcen. L’histoire de cette musique reste le témoin irréfutable. Cheikh Mustapha ne peut, en aucun cas, oublier Tlemcen, sous son charme musical. La plupart des Terrazine étaient un groupe distingué de «Maalem» dans le tissage ; comme dans la musique. Leur réputation avait, depuis très longtemps, dépassé la ville de Tlemcen, ville d’art et d’histoire.
Avec les quelques économies qu’il fasse, l’initié a fait preuve de son attachement à la musique Andalouse en achetant à l’insu du père, une «Snitra» pour se familiariser avec les instruments de musique car, depuis longtemps, il assistait, après les heures de travail, aux répétitions, devenues quotidiennes dans l’atelier de tissage où il a été employé par Ahmed Karadja, un grand mélomane de l’andalous. Ces répétitions étaient assurées après la prière du Asr, comme il est de tradition à Tlemcen.

Tous les artisans travaillaient dans leurs ateliers depuis l’aube jusqu’à l’appel à la prière de l’âpres-midi, El Asr.
Ayant découvert l’instrument de musique chez son fils, le père n’avait pas hésité un moment pour le casser puisqu’il avait déjà averti. Il ne voulait pas que son fils choisisse le chemin de la musique et abandonne le métier de Derraz. Il a également, acheté la «Kouitra» de Cheikh Lazaar, de son vrai nom Dali Mohamed (1894-1940).
D’ailleurs, il l’avait cachée, plutôt laissée chez son maître du violon. Pour apprendre à jouer, il lui a fallu un grand sacrifice pou se faire payer des cours de musique. Il a d’ailleurs, bénéficié des connaissances de son maître, voire son expérience. Il lui a permis d’acquérir des rudiments et principes de l’instrument musical, du point de vue texte et musique. Il a eu, par ailleurs, l’occasion de rencontrer et connaître les valeurs du Cheikh Lazaar, un habitué des séances de répétitions dans l’atelier du Maalem Kadadja, son patron.
Après la vente des biens familiaux de la rue de Paris, Mustapha est parti habiter «Derb Messoufa», une ruelle de grande réputation à Tlemcen.
Ce changement de résidence lui a permis non seulement de changer d’ambiance quotidienne mais de côtoyer un autre grand maître en l’occurrence Cheikh El Kermouni (1866-1946), un brillant élève de Meqchich (1818-1899) et du Cheikh Boudelfa (1853-1914).
Quant au Cheikh El-Kermouni, il avait, auparavant, fait parti de l’orchestre du Cheikh Larbi Ben Sari (1872-1964) et il a été le maître incontesté de Si Mohamed Bekkhoucha et son ami Si Abderrahmane Sekkal (1910-85), Co-fondateur de la troupe musicale En-Nahda, à Oran, cet habitué de Nadi Islami de Tlemcen, situé au lieu dit Moukaf, initiait tous les jeunes mélomanes qui le sollicitaient pour un complément de connaissance à partir de sa longue expérience, acquise auprès de ses grands maîtres.
Cheikh Omar Belkheci (1884-1958), propriétaire d’un magasin mitoyen au cercle Nadi Islami, un cercle nationaliste et culturel, était, lui aussi, un habitué des rencontres quotidiennes.
Elève de Cheikh El-Karmoumi, Cheikh Mustapha se distinguait parmi  ses pairs grâce à sa volonté, sa curiosité, son attachement à l’art ancestral et à la musique de ses aînés.
Malgré le refus des nombreuses familles tlemceniennes en s’exilant dans les pays d’Islam, sa famille, par manque de moyens, est restée à Tlemcen.

La cause de cet exode était la conscription, devenue obligatoire. L’exil a été autorisé par une fetwa de Hadj Djelloul Chalabi (1844-1916), grand Mufti de Tlemcen, Mustapha a effectué son service militaire pendant deux années et demi.
A son retour, il reprend son travail d’origine, les métiers de tisserand et de musicien. Pour son application et son assiduité dans les répétitions, il a été remarqué par Cheikh Omar Bekhchi qui l’avait sollicité pour faire partie de son orchestre, en remplacement du Cheikh Abdelkrim Dali (1914-78), parti à Alger.
Pour l’intégrer, il a fallu l’autorisation du père. A cet effet, Cheikh Omar Bekhchi a, avec bonne volonté, intervenu, en personne, auprès du père, Maalem Habib, afin de l’autoriser à en faire partie de son orchestre, resté sans soliste pendant quelque temps. Par le temps, il a acquis des connaissances, en matière de Sanaâ, de Hawzi et du Gharbi. Les animations des fêtes familiales ont été, pour lui, une source d’apprentissage.
A la fin de la seconde guerre mondiale, une première tentative d’enregistrement a été effectuée à Dar El-Askri, à Tlemcen puis des enregistrements ont eu lieu à la Radio-Tlemcen grâce aux activités des orchestres des Cheikhs El-Karmouni, Abdeslam Sari, Larbi Ben Sari, Redouane Bensari et Omar Bekhchi, fusionnés en un seul orchestre Larbi Ben Sari jusqu’à l’indépendance nationale. Cheikh Mustapha est l’un des témoins de ces enregistrements, assurés par la Radio-Tlemcen, d’avant 1962.
Toutes les activités, il faut le signaler, étaient gelées depuis le déclenchement de la guerre de la libération nationale.
A la reprise des enregistrements, Cheikh Mustapha a été le premier assistant de Cheikh Larbi Ben Sari jusqu’à sa mort survenue en 1964.
Par conséquent, la relève a été assurée par Cheikh Mustapha de 1965 à 1973, en plus de l’animation des mariages et autres événements de la musique andalouse.
Sollicité, il a été, pendant quelques années, enseignant de la musique au lycée Docteur Benzerdjeb où j’étais l’un de ses nombreux élèves. Il a également, participé à la relance des activités de l’association Ghernata de Tlemcen.
En 1973, Il reprend son métier de tisserand. Aujourd’Hui, il assiste à un hommage qui lui est rendu par ses anciens élèves, musiciens de l’association culturelle Nassim El-Andalous.

Par F.Naîm
Ouest Tribune du 28 mai 1998
 

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