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Andaloussiate

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Retour sur le 24 mai mostaganémois

Publié par Andaloussiate sur 10 Juillet 2007, 12:10pm

Catégories : #Manifs Culturelles & Festivals

Musique andalouse, cuvée 2007
Publié dans le Quotidien d’Oran, le 02/06/2007, par Moulay Ahmed Benkrizi Ancien Directeur Des Finances.
Le printemps a toujours été synonyme de beauté de la nature et éclosion de bourgeons fleuris en tous genres et de toutes couleurs.
Profitant de ce cadre enchanteur et de ce don du ciel, l'association culturelle «Fen Wa Nachat» de Mostaganem nous a habitués à nous gratifier périodiquement de somptueuses «Sacrées Soirées» (1) à l'image de celle par laquelle elle a choisi d'inaugurer dès 1996 ce cycle de manifestations à travers un «hommage» tout à fait inédit en l'honneur de deux grandes figures mostaganémoises de la culture algérienne en la personne du chantre de la chanson «Chaâbie» Maâzouz Bouadjadj et du maître de la musique «Andalouse» Hadj Moulay Benkrizi (2).

Il est bien évident que d'autres hommages ont été célébrés avec autant d'éclat par cette association au cours de ces dix années écoulées, mais la cuvée 2007 semble la mieux placée pour revendiquer le label de «Sacrées Soirées II» notamment par l'originalité de sa conception, le choix des participants sélectionnés pour l'animation des manifestations et la présence très remarquée de personnalités hors classe du monde de la culture nationale représentatives de toutes les régions du pays. Ainsi donc cette année, à l'initiative de son président Hadj Noreddine Benatia, et sous le Haut patronage de Madame la Ministre de la Culture Khalida Toumi, l'Association «Fen Wa Nachat» vient d'organiser à nouveau un mémorable festival baptisé cette fois «Epopée de la musique classique algérienne» les 24 et 25 Mai 2007 au niveau de la grande salle bleue - (pleine à craquer) - de la Maison de la Culture Ould Abderrahmane Kaki à Mostaganem. 

 La finalité de cette manifestation culturelle à caractère hautement didactique et pédagogique vise avant tout à dresser pour la première fois, un état des lieux sur la musique classique algérienne, articulé sur :

1°) - la musique andalouse actuelle branchée sur l'héritage du passé avec ses trois écoles traditionnelles que sont : «Gharnata», «Sanâa» et «Malouf» caractérisées par un certain nombre de :

 *différences notamment au niveau de la rythmique, de la diction, de l'accent ainsi que du nombre de noubas pour un même mode considéré, touches spécifiques sur les mélodies... etc.,

 *et des similitudes parfaitement visibles à travers les textes poétiques, les modes, istikhbars, instrumentation, structure de la nouba...

2°) - une vision d'avenir en s'interrogeant sur le devenir de cette musique à la lumière des expériences qui seront développées ci-après.

Ainsi, se présente la première partie de cette soirée inaugurale avec l'exécution d'un extrait de la nouba «Zidane» composé de:

 *un derdj titré «el-haoua del el- oussoud»,
 *un insiraf intitulé «touiari mesrar»,
 *un khlass «a ma tettaqi Allah ?»,

le tout interprété avec beaucoup d'émotion et de sensibilité sous des ovations nourries et les youyous d'un public féminin venu en grand nombre acclamer successivement:

a) - le virtuose Benghabrit et son orchestre représentant l'école « Gharnata » de Tlemcen,
b) - le grand maître algérois Hadj Mohammed Khaznadji accompagné par l'ensemble Fen Wa Nachat, sous la direction de Hadj Moulay Benkrizi pour ce qui est de l'école «Sanâa» d'Alger.
c) - Enfin l'Etoile montante de Annaba Embarek Dakhla et son orchestre pour l'école «Malouf» de Constantine. 

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Ce fut ensuite au tour du grand «Orchestre Symphonique National» d'Alger composé d'une cinquantaine de musiciens de renom et dirigé avec beaucoup de grâce sous la baguette autoritaire d'un grand maître en la personne du Maestro Zahia ZIOUANE dans une suite composée entre autres de la « Symphonie N° 5 » de BEETHOVEN (1770-1827), suivie de « Carmen » du compositeur BIZET (1838-1875), le tout clôturé par un magistral « Beau Danube Bleu » du compositeur autrichien Johann STRAUSS (1825-1899).
Cette première soirée devait être clôturée par le maître Noreddine SAOUDI d'Alger accompagné par l'ensemble Fen Wa Nachat dirigé par Mme Sabrina Leboukh, - (un pur produit du Nachat) - dans des extraits de la «Nouba Dziria» conçue par le maître SAOUDI sur le mode populaire «Sahli».

Présentée pour la deuxième fois à Mostaganem, cette innovation fut accueillie avec enthousiasme par le public et les connaisseurs, bien que la dénomination sous le terme générique de « Nouba » soit susceptible de donner matière à controverse à certains experts.

Bien que moins chargée que la précédente, la soirée du Vendredi 25 Mai n'en est pas moins riche en ce sens qu'elle vit la participation de deux grandes formations, à savoir :

a) - l'Association « Dar El-Gharnatia » de Koléa dirigée par le jeune et talentueux Mohamed-Chérif Saoudi dans une magnifique nouba du mode « Sika » suivie avec attention par un public avide et connaisseur dont l'enthousiasme et la propension aux encouragements n'ont d'égal que la maîtrise dans l'exécution et le désir de faire honneur à la mémoire de leur Président disparu, le regretté Mahieddine Bellouti dont l'ombre planait encore dans la salle durant tout le spectacle.

b) - « l'Ensemble National Algérien de Musique Andalousienne » dirigé avec classe, compétence et autorité par le Maître Rachid Guerbas dans une nouba classique présentant la particularité de faire appel à des mouvements successifs puisés dans chacune des trois écoles d'Algérie.

Cette méthode peut paraître comme une gageure que seuls des musiciens chevronnés comme le luthiste Mohammed Boutriche ou le chanteur à la voix d'or Zerrouk MOKDAD pour ne pas les citer tous, peuvent être en mesure de s'y prêter avec autant d'assurance et de réussite (3).

Enfin une expérience qu'on pourrait qualifier de futuriste, sera tentée par un trio de l'association « Fen Wa Nachat ». Elle se situe à mi-chemin entre le classique et le moderne dans une mélodie musicale comportant une nouveauté avec la substitution de la percussion traditionnelle - (Tar/Derbouka) - par un soutien rythmique à la guitare, rappelant ainsi des procédés exotiques sud-américains - (donc d'origine espagnole et par voie de conséquence andalouse) -

C'est ainsi que l'impression diffuse qui effleure l'esprit à l'écoute des oeuvres sublimes exécutées dans ce contexte rappelle étrangement, tout en s'imposant progressivement, d'abord le grand opéra avec sa majesté omnipotente, sa splendeur envoûtante et son éclat étincelant, suivi très subtilement d'une envolée à la bonne franquette et une franche gaieté propre à nous faire miroiter des danses nuptiales algéroises d'antan, bien nichées dans des ruelles étroites de la Casbah, éclairées seulement par des chandelles bien lustrées entrelacées de guirlandes multicolores. A signaler enfin cette heureuse initiative à l'actif de la Radio locale de Mostaganem qui eut l'excellente idée de couvrir en direct les deux soirées du Festival, permettant ainsi à toute la population privée du bonheur d'un spectacle « de visu », d'en suivre tout au moins toutes ses péripéties à travers les ondes, et cela grâce à une présentation à la hauteur de l'évènement due à la voix douce et suave de la sympathique speakerine MISSOUNE. Un bon point donc pour cette station de radio qui réalise avec succès sa mue en direction d'un professionnalisme de bon aloi depuis l'arrivée de son nouveau Directeur M. BLOUDE, sans oublier bien sûr le personnel et l'équipe technique qui a assuré la retransmission.

CONCLUSION:

Avec ce bouquet fleuri de pétales et de roses de toutes les couleurs et de différentes espèces, et après les ravissements d'un public en extase durant ces deux jours de fête qui virent défiler sous nos yeux toutes les facettes de notre musique classique arabe et universelle, d'aucuns plus téméraires que d'autres, ou simplement plus sensibles aux mutations qui s'imposent à la société à tous les niveaux, vont jusqu'à comparer - (toutes proportions gardées) - cette «Epopée de la Musique Classique Algérienne» au très célèbre Festival du Cinéma de Cannes.

Quoi qu'il en soit, après cette moisson miraculeuse des oeuvres et chefs-d'oeuvre de notre patrimoine culturel national, la parole est à présent aux chercheurs et aux experts en la matière pour étendre leurs travaux et leurs investigations sur l'utilité, voire l'opportunité sinon l'urgence d'une telle réflexion sur l'enrichissement et le rajeunissement de cet art séculaire en péril.

Notes:

1) Célèbre émission de divertissement diffusée par une chaîne de TV étrangère
dans les années 1980-1990.
2) Comptes rendus de presse de 1996 Cf :
«Le Quotidien d'Oran » du 21-8-1996.
«El-Watan » des 29-8-96 et 2-9-96.
«Ouest-Tribune des 25, 28 et 31 Août et 1-9-96.
3) Rachid GUERBAS: Voir «Quotidien d'Oran» N° 3714 du 7-3-2007

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